Dimanche 12 février, Axel Clerget a participé au Grand Slam de Paris 2017. Il a remporté l’argent dans la catégorie des -90 kg.

Vainqueur de tous ses combats jusqu’en finale, il s’incline face au chinois Cheng pendant le golden score. Sa performance en Grand Slam lui permet de devenir le 3e meilleur mondial de sa catégorie. Comme son partenaire d’entraînement, Pape-Doudou Ndiaye, il a répondu à quelques questions.

Paris Grand Slam 2017 : Axel Clerget contre Tchrikishvili

Après tes podium à Tokyo et à Odivelas, comment tu abordais ce tournoi ?
J’abordais ce tournoi avec confiance. Avant ces deux tournois, j’avais aussi terminé 2e à Abu Dabi et 3e à Baku. Cela faisait 3 Grand Slam de suite où je décrochais une médaille (et maintenant un 4e). J’étais donc très confiant, très excité et un peu stressé. Ce stress est toujours présent en compétition mais il faut réussir à le transformer en une émotion positive. Les années précédentes, ma performance au Grand Slam de Paris conditionnait la suite de ma saison et j’avais donc beaucoup de pression. Cette fois, grâce à mes bons résultats dans les autres grands Chelem j’étais beaucoup plus serein.

Paris Grand Slam 2017 : Axel Clerget contre Snoussi

Quel a été ton ressenti sur tes combats ?
En ce qui concerne la compétition en général, je n’ai pas eu de très bonnes sensations. Ceux qui me connaissent, comme Stéphane Auduc, m’ont d’ailleurs fait remarquer que je n’ai pas été aussi efficace que d’habitude, que ça soit debout ou au sol. Je me rends compte que j’ai passé un cap car j’arrive tout de même à faire une finale au tournoi de Paris alors que j’avais de mauvaises sensations et un judo pas au top ! Cela est dû à trois choses. Premièrement, la précision sur le kumi kata (la saisie de garde). Deuxièmement, ma capacité à rester concentré tout le long du combat, que je travaille avec la psychologue Meriem Salmi. Troisièmement, ma préparation physique avec Mathias Ricard. Je savais que plus le combat durait, plus cela allait à mon avantage. Sauf pour la finale contre Cheng…

Cette finale a été très intéressante pour moi. Certes, il s’agit d’une défaite mais nous avons fait un gros match. J’ai gagné nos 2 rencontres précédentes mais il a beaucoup progressé ces derniers mois… Moi aussi d’ailleurs, mais je pense qu’une médaille aux Jeux Olympiques apporte de la confiance. Cette rencontre était très importante dans l’objectif des prochaines échéances mondiales cette saison et plus généralement pendant cette olympiade. Il fera partie des meilleurs judokas mondiaux et j’avais besoin de prendre des informations. Dans cette finale, qui a été un combat très engagé, deux points que j’ai déjà évoqués ont fait la différence. Il s’agit de la concentration et de la précision sur les mains et Cheng est encore un peu supérieur à moi dans ces deux domaines. A la fin du combat, je perds sur son mouvement favori car je suis fatigué après mes trois attaques successives et mon gros passage au sol. Suite à ce passage au sol, je me retrouve figé sur mes appuis et je prends son seoi o soto gari qu’il fait très bien. Vous remarquerez qu’il s’agissait d’un combat avec de la vitesse sur les mains où chacun refusait la saisie de l’autre. Chaque fois qu’un de nous deux avait sa saisie, le combat changeait rapidement de rythme. Il me reste donc à travailler ma concentration, ma précision, et à trouver une façon de le faire tomber.

Paris Grand Slam 2017 : Axel Clerget contre Stewart

Tu as entendu les encouragements du public dans l’arène ? Quel effet ça fait ?
C’est toujours génial d’être chez nous. J’ai la chance d’être très apprécié par le public français, malgré mon palmarès. Dès le début, j’ai senti que le public était derrière moi, et même lors de ce premier tour face à Tchrikishvili, le champion du Monde en -81 kg. J’ai senti que ça poussait derrière moi et il est vrai que ça aide beaucoup, notamment dans les moments difficiles. Ca t’encourage à ne jamais abandonner et à continuer à y aller. J’ai terminé plusieurs combats dans la dernière minute ou au golden score et dans ces cas-là ça te permet de te pousser dans tes derniers retranchements et de te dire « je peux pas lâcher, je peux pas lâcher ». Grâce à une voix que tu reconnais ou à tout le public, tu te forces à aller de l’avant et à agresser ton adversaire.

Bercy, c’est vraiment la plus belle salle au Monde et le plus beau public au Monde. C’était très important et très agréable de performer là. Quand j’y pense, c’est pour des moments comme ceux-là qu’on s’entraîne. Une victoire est encore plus belle quand elle est partagée avec le public, d’autant plus que dans ce public, il y avait des personnes que j’apprécie, comme ma famille, mes amis mais aussi toutes les personnes qui m’aident tous les jours à l’entraînement. C’était aussi très important de pouvoir m’exprimer devant ces personnes qui font d’énormes sacrifices pour nous, comme Stéphane Auduc, Mathias Ricard, Meriem Salmi et Bénédicte Le Panse.

Paris Grand Slam 2017 : Axel Clerget contre Zgank

Avec ta 2e place au Grand Slam de Paris, tu deviens le 3e meilleur mondial de ta catégorie. Quel est ton prochain objectif ?
Je suis effectivement 3e de ma catégorie, à 3 points du 2e. Pour le moment je suis blessé au genou (Axel s’est blessé lors de l’entraînement international à l’IJ qui suit le Grand Slam de Paris) mais mes objectifs restent les mêmes. Mon objectif à court terme est de me remettre du mieux possible tout en étant patient. Etant moi-même kinésithérapeute, je sais que la patience est primordiale. Ensuite, mes objectifs sont les championnats. J’ai eu des médailles dans quasiment tous les tournois du Monde mais pas en championnat. J’ai eu peu d’occasions de m’y exprimer et mon objectif est d’obtenir des médailles en championnat d’Europe, en championnat du Monde et aux prochains Jeux Olympiques. Le championnat d’Europe se tiendra à Varsovie en avril et je ferai tout pour être totalement remis. Il me faudra ensuite aller chercher ma sélection (ou la confirmer) pour le championnat du Monde. Je veux profiter de ma réussite actuelle pour remporter ces deux titres.

Mais tout cela, il y a le championnat de France 1re division par équipes, un championnat très important pour Sucy. Il y a une dynamique énorme au club, on l’a bien vu avec le nombre de participants au Grand Slam et le nombre de médailles récoltées. A ce propos, j’en profite pour dire que je suis très fier d’avoir rapporté, avec Pape-Doudou, les premières médailles du tournoi de Paris pour Sucy. Je tiens tout de même à préciser à Pape que je suis le premier à arriver en finale ! L’objectif de notre groupe est donc de réussir au championnat de France et de revivre l’aventure de 2015. Je pense qu’on a un excellent groupe, on s’entend super bien et on travaille sérieusement. Notre groupe va se sublimer pour aller chercher une médaille.

Paris Grand Slam 2017 : Axel Clerget contre Cheng

Un mot pour finir ?
Je veux surtout remercier toutes les personnes qui m’entourent. Je sais que pour eux c’est parfois difficile car je suis exigeant.

Je remercie mon club et son directeur technique Philippe Boucard pour toute la structure qu’ils ont mis en place pour le haut niveau. Je remercie évidemment Stéphane Auduc, un coach qui nous supporte tous les jours et qui nous apporte beaucoup. Il est de plus très à l’écoute et se soucie de nous. Par exemple, il m’appelle régulièrement pour prendre des nouvelles de mon genou.

Merci à Mathias Ricard qui fait un travail exceptionnel en préparation physique et qui est toujours à la recherche de nouvelles méthodes pour nous faire évoluer. Un gros merci à Bénédicte Le Panse qui nous permet d’être bons le jour J, mais aussi de faire des séances d’entraînement de qualité grâce à notre alimentation quotidienne. Je remercie Meriem Salmi avec qui je travaille depuis longtemps et qui nous apporte beaucoup, notamment en ce qui concerne la concentration. En appelant Pape le matin pendant la compétition et en m’envoyant un message la veille elle a réussi à nous débloquer. Avec Meriem, c’est un travail de tous les jours.

Nous sommes aussi entourés par une équipe médicale qui travaille pour prévenir et soigner les blessures. Il y a l’ostéopathe Thibaut Laurens avec qui je travaille beaucoup et qui m’a aidé à diminuer mon nombre de blessures. Il y a aussi le kinésithérapeute Julien Cramet que je consulte sur Vincennes et le kiné Etienne Fillard qui me suit à l’INSEP.

Enfin, je tiens à remercier mes partenaires d’entraînement. Je commence par Pape avec qui je me suis préparé pour ce tournoi. Nous avons notamment couru comme des dératés tous les vendredis matins à 9 heures. Si j’avais été tout seul, les préparations physiques auraient été plus difficiles. J’espère d’ailleurs que nous allons vivre les championnats d’Europe et du Monde ensemble ! Je remercie aussi tous mes autres partenaires, qui sont aussi des copains en-dehors du tapis. C’est grâce à la bonne entente qui règne entre nous que je continue, à bientôt 30 ans, à m’entraîner aussi fort et à prendre du plaisir sur un tapis.

Paris Grand Slam 2017 : Axel Clerget – European Judo Union / Photographe : Rafal Burza